Livre Numéro 85: Maintenant, c’est ma vie, de Meg Rosoff, envoyé par Alice Kuipers

Maintenant, c'est ma vie, de Meg RosoffDédicace:

À Stephen Harper,
Premier ministre du Canada,
un livre qui teintera votre imagination,
d’une écrivaine,
Alice Kuipers

Lettre:

Le Très honorable Stephen Harper
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa ON K1A 0A2

Cher Monsieur Harper,

Il arrive que des livres vous tombent entre les mains à des moments d’heureuse surprise. Quant à moi, la lecture de Maintenant, c’est ma vie, de Meg Rosoff, a coïncidé avec un séjour de plusieurs semaines dans la campagne anglaise. C’est un excellent roman. Au début, Daisy, une jeune fille de quinze ans, arrive au Royaume-Uni pour y vivre sur une ferme chez ses cousins. Leur mère s’en va, puis il y a une guerre qui est déclarée. Rosoff ne donne jamais les raisons de la guerre. Daisy ne s’y intéresse pas. Elle est trop occupée à tomber amoureuse de son cousin, le fascinant et brillant Edmond. Les péripéties de la guerre les séparent bientôt et Daisy est transformée.

Au Royaume-Uni, pendant les dernières fêtes de Pâques, une chose étrange est survenue. Le ciel s’est complètement couvert d’un gigantesque nuage de cendres issu du volcan islandais. Les avions ne pouvaient plus voler. J’étais dans le Devon, dans un cottage à Dartmoor. Après deux jours sans vols, j’ai commencé à remarquer à quel point le ciel était étrangement silencieux. Je me prélassais dans le jardin débordant de fleurs, les landes se déployaient devant moi, le roman en suspens ouvert dans mes mains tandis que je fixais l’immensité bleue et déserte au-dessus de moi. L’extraordinaire histoire de Daisy et de ses cousins qui parcourent une campagne gâchée par le rationnement et la violence s’insinua en moi par les pages, venant teinter mon imagination. Le silence du ciel donnait la chair de poule et rappelait l’arrêt des vols dans le roman. Je ne pouvais me détendre dans le jardin sans ressentir derrière moi la présence des cousins qui se précipitaient vers leur grange. Je ne pouvais me lever et aller marcher dans les landes sans y voir Daisy cherchant désespérément Edmond.

Meg Rosoff publia Maintenant, c’est ma vie en 2003 et abandonna peu après une carrière dans la publicité. C’était son premier livre mais elle en a publié plusieurs autres depuis (une excitante découverte pour moi puisque je vais maintenant pouvoir les lire). Elle remet son blog fréquemment à jour www.megrosoff.co.uk. À propos de son dernier roman, elle a écrit:

Pendant le plus clair de deux années, ce livre a continuellement occupé mon espace, à se plaindre, à faire obstacle, à refuser de jouer le jeu. Je l’ai haï et je l’ai aimé, je l’ai négligé; je l’ai menacé et je l’ai caressé, je l’ai supplié, puis je l’ai envoyé aux orties, puis je l’ai récupéré; j’ai été ferme avec lui, j’ai tenté de le corrompre et je l’ai envoyé paître. Je lui ai même dit une fois que je n’étais pas sa vraie mère.

Elle semble percevoir son livre comme un être vivant. Je me demande si c’est le sentiment qu’elle éprouvait en écrivant Maintenant, c’est ma vie. D’après moi, oui. Les écrivains sont comme ça face à leurs personnages et à leurs histoires. Et quand un écrivain a autant de talent que Rosoff, le lecteur sent la vie qui frémit des pages de ses livres.

L’écriture de Rosoff est audacieuse et émouvante. Elle écrit au sujet d’une adolescente qu’on envoie en Angleterre parce qu’elle est en train de se détruire elle-même au point de vue émotif mais aussi, on le découvre, physique. Il est presque trop tard pour Daisy, et pourtant pendant son séjour dans ce pays en guerre, elle découvre qu’elle vaut bien plus que ce qu’elle a jamais cru d’elle-même. C’est une histoire classique de survie et de rédemption, et c’est une histoire d’amour. Ce roman est vivant. Il jaillit de ses pages et il vient colorer votre imagination comme une goutte d’encre bleue colore l’eau.

Cette année, pendant que le ciel était déserté par les avions, tandis que Daisy et son histoire habitaient les landes devant moi, la vie surgissait des pages de Rosoff et moi aussi, je me sentais encore plus vivante.

J’espère que ce roman sera pour vous un moment d’heureuse surprise (mais sans le drame d’un pays entier à l’espace aérien vacant!). Puisse ce livre teinter de bleu votre imagination.

Respectueusement vôtre,

Alice Kuipers

P.J.: un livre de poche dédicacé

Réponse:

à venir…