Livre Numéro 83: Caligula, de Albert Camus, envoyé par René-Daniel Dubois
Le 7 June, 2010
À Stephen Harper
Premier ministre du Canada
Caligula, une pièce extraordinaire
Sur la douleur
La quête de Pouvoir
Et l’échelle humaine
Avec tout mon respect
René-Daniel Dubois O.C.
Lettre:
Le Très honorable Stephen Harper
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa ON K1A 0A2
Monsieur le Premier ministre,
C’est avec une très vive émotion que je vous envoie aujourd’hui la pièce Caligula, d’Albert Camus.
Je me permets d’ailleurs de vous l’envoyer en deux versions : originale, d’abord, bien entendu, en français, mais aussi anglaise, dans la fort belle traduction de Stuart Gilbert.
Je me dis—à tort peut-être, libre à vous de me corriger—que si cet auteur ne vous est pas encore familier, la comparaison entre la couleur de ses propos dans une langue puis dans l’autre ne pourra être qu’éclairante.
Plusieurs raisons expliquent le choix de cette pièce.
En voici deux.
D’abord, 2010 marque les cinquante ans de la mort de Camus, un des plus grands écrivains du vingtième siècle.
Il n’est pas dans mes habitudes de catégoriser les écrivains en “grands” et ”petits” : il m’a toujours semblé, et plus je vieillis et plus la chose parait se confirmer, que la littérature est un trésor où l’apport de chacun est essentiel. Il y a écriture ou non, parole ou non, c’est tout. S’il y a parole, c’est de la littérature. Sinon, ce n’en est pas.
Mais le cas de Camus—et de quelques très rares autres—est nettement à part.
Lui ne s’est pas contenté de parler, il a plongé. Il est allé voir de quoi est tissé le lien entre l’âme des Hommes et leur révolte. De cette plongée, il a rapporté des textes exceptionnels, notamment L’Homme révolté, un essai passionnant et bouleversant sur l’histoire de cette révolte, justement, et Caligula, bien sûr, qui est en quelque sorte L’Homme révolté sous une forme dramatique. Pas un simple résumé, non, ni une illustration dialoguée, bien plus que ça: une mise en œuvre.
Si l’on comparait L’Homme révolté aux plans d’un engin mécanique, par exemple, dessiné par des ingénieurs, eh bien Caligula serait la locomotive elle-même, fonçant devant elle sans jamais dévier d’un cheveu et écrasant tout sur son passage.
La deuxième raison expliquant mon choix est que si le personnage de l’empereur Caligula pouvait sembler à Camus une excellente illustration du mythe qui bouillonnait derrière les événements de son époque—juste avant la Deuxième guerre mondiale—, il n’est certainement pas exagéré d’affirmer qu’à notre époque à nous, ce mythe agit à visage découvert et qu’il est devenu… omniprésent. Il a même, sur les places publiques d’Occident en tout cas, réussi à évincer presque tout ce qui pourrait chercher à le contredire.
La vengeance contre la vie, et son corolaire, le culte de la pure puissance aveugle, sont aujourd’hui partout. Les signes de leur règne sautent aux yeux, où que nous regardions.
En un mot: Albert Camus a laissé derrière lui une œuvre extraordinairement inspirante qui peut sans l’ombre d’un doute nous aider à mieux nous comprendre nous-mêmes, à mieux comprendre ce qui nous anime, à mieux comprendre nos semblables et à mieux comprendre notre époque.
Au cœur de cette œuvre, se trouve Caligula.
Albert Camus a fait avec Caligula ce que Sigmund Freud, en son temps, a fait avec Œdipe : il a dégagé d’une histoire ancienne un mythe essentiel aux êtres humains de toutes les époques. Et il lui a donné un nom.
L’histoire ? Toute simple.
L’empereur de Rome, aimé de tous, vient de perdre sa sœur, qui était aussi son amante. Et il se transforme en monstre. Pourquoi ? Parce que cette perte lui a fait prendre conscience de ce que, tout simplement… “Les hommes meurent. Et ils ne sont pas heureux.”
La mort de Drusilla a éveillé en lui un goût d’impossible. Et dans sa quête, il va être impitoyable.
Je vous souhaite, monsieur le Premier ministre, que la lecture de cette pièce aussi magnifique qu’épouvantable soit dans votre vie une source d’inspiration aussi lumineuse qu’elle l’a été dans la mienne.
Avec tout mon respect,
René-Daniel Dubois O.C.
P.J.: deux livres de poche, dont l’un dédicacé
Réponse:
à venir…
