Livre Numéro 80: For Those Who Hunt The Wounded Down, de David Adams Richards, envoyé par Steven Galloway
Le 26 April, 2010
À Stephen Harper,
Premier ministre du Canada,
un grand roman canadien,
en toute considération,
Steven Galloway
Lettre:
Le Très honorable Stephen Harper
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa ON K1A 0A2
Cher Monsieur Harper,
Me revoici. J’espère que le dernier livre que je vous ai envoyé, King Leary, vous a plu. Même si vous ne l’avez pas encore lu, ou si vous n’avez pas l’intention de le lire, je souhaite en tout cas que vous ayez pris plaisir à le recevoir. L’arrivée inattendue de livres par courrier, à titre gracieux, constitue, maintenant que les mystères du Père Noël et du Lapin de Pâques sont fichus, l’un des rares présents réjouissants qui me parviennent.
Le livre que vous trouverez ci-joint est un autre de mes favoris. J’étais à l’université quand je l’ai lu pour la première fois et il est devenu l’un des livres qui m’ont fait vouloir devenir écrivain. Il serait difficile de prétendre que le roman de David Adams Richards, For Those Who Hunt The Wounded Down, n’a pas l’un des meilleurs titres des romans canadiens, ou de tous les romans, point.
Je vous envoie ce roman pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une œuvre splendide. Peu d’écrivains saisissent aussi bien que Richards la vie des classes laborieuses, et peu savent comme lui rendre extraordinaires des vies ordinaires. Il a écrit treize romans, dont la plupart se déroulent au Nouveau-Brunswick. Il a récemment été décoré de l’Ordre du Canada et son écriture lui a mérité à peu près tous les prix littéraires.
Je pense que l’une des qualités du Canada, c’est qu’on peut y discuter de manière constructive d’idées qui portent à controverse. Demain, je vais me lever avant l’aube pour prendre un vol de Vancouver jusqu’au Nouveau-Brunswick où je participerai au Festival Frye, à Moncton. Partout à travers le Canada il y a des festivals littéraires organisés par des gens qui font peu d’argent, ou qui n’en font pas du tout. Ceux et celles qui y assistent sont des lecteurs de toutes les orientations politiques, qui sont prêts à dépenser des sous durement gagnés pour passer un après-midi ou une soirée à discuter ou à réfléchir au sujet de livres et des idées qu’ils contiennent, même quand un livre ne leur plaît pas. Et les meilleurs festivals, ceux dont les organisateurs sont les plus énergiques, se retrouvent dans des lieux comme Moose Jaw, Campbell River et Sechelt. Il arrive souvent que ces festivals jouissent d’un certain appui du Gouvernement fédéral. J’en suis reconnaissant. Cela fait de nous un meilleur pays.
Il ne s’agit pas tant de rencontrer des écrivains, quoique certaines personnes y prennent plaisir. Mais il arrive souvent que de rencontrer un écrivain soit une expérience particulièrement décevante. Maintes fois, la personne ne correspond pas à l’idée qu’on s’en faisait, elle n’est pas aussi vive que ses livres, dit des choses qui ne sont pas particulièrement brillantes. Et parfois, au contraire, c’est votre propre faute. Il y a quelques années, j’étais, pour une raison quelconque, dans le bureau de mon éditeur à Toronto et on m’a dit que David Adams Richards était là, dans l’immeuble, si je voulais le rencontrer. Bien sûr que je le voulais. Nous nous sommes rencontrés alors qu’il sortait de la cantine, une tasse de café à la main. Je lui serrai l’autre main avec trop d’enthousiasme, ce qui lui fit répandre une partie du café sur ses chaussures. C’était totalement de ma faute et je me suis senti absolument stupide. Depuis, j’ai systématiquement évité de le rencontrer à nouveau, en espérant qu’il n’ait pas entendu mon nom lors de cet incident et que quand je le reverrai j’aie suffisamment vieilli pour qu’il ne me reconnaisse pas.
Pourquoi est-ce que je raconte tout ça dans une lettre à la personne qui a été élue pour diriger le pays? D’une manière détournée je tente de vous démontrer que nous, les écrivains, ne sommes pas des élitistes. On pourrait souvent croire que nous le sommes, et il nous arrive d’agir comme si nous l’étions—car si vous passez le plus clair de votre temps tout seul dans une pièce, quand vous en sortez, il y a forcément des malentendus. Mais au fond, nous sommes des gens ordinaires et il se trouve que nous avons du talent pour écrire des histoires. Et je crois que nos histoires forment une partie importante de ce pays. Venez à Moncton ou allez n’importe où et vous rencontrerez tout plein de gens qui pensent la même chose.
En toute considération,
Steven Galloway
P.J.: un livre de poche dédicacé
Réponse:
à venir…
