Livre Numéro 70: Tropic of Hockey, de Dave Bidini

Tropic of Hockey, de Dave BidiniDédicace:

À Stephen Harper,
Premier ministre du Canada,
un livre pour le fan de hockey en vous,
d’un écrivain canadien,
avec ses meilleurs vœux,
Yann Martel

Lettre:

Le Très honorable Stephen Harper   
Premier ministre du Canada  
80, rue Wellington  
Ottawa ON K1A 0A2

 Cher Monsieur Harper,

Vous avez peut-être déjà lu le livre qui accompagne cette lettre. Je ne saurais croire que quelqu’un avant moi n’ait pas pensé à vous l’offrir. Vous êtes un grand fan du hockey et Tropic of Hockey: My Search for the Game in Unlikely Places (Tropique du Hockey: ma poursuite du Jeu dans des lieux improbables), de Dave Bidini, ne parle que de hockey. Mais je dirais que ce livre-ci se situe une coche au-desus de la plupart des livres sur le sujet, ayant été écrit par quelqu’un qui (1) a le sport dans le sang, et (2) écrit bien. Sa connaissance du hockey est évidente. Le livre est plein d’anecdotes, d’incidents et d’événements de l’histoire du hockey, mettant en vedette un bon nombre de joueurs dont je suis sûr que les noms vous seront familiers mais que je ne connais pas. Et le savoir en la matière va plus loin. Il ne s’agit pas d’un compte-rendu savant ou journalistique. Bidini est fou du hockey. Comme il le raconte dans son livre, adolescent, il y a joué, puis il a abandonné le jeu quand la pression est devenue trop forte. Plus tard, il s’y est remis une fois adulte, se joignant à une ligue récréative à Toronto, et le hockey est alors devenu un élément central de sa vie. Cet ouvrage est donc à la fois personnel et riche en connaissances. Et puis je le répète, ce monsieur écrit bien. Prenez ce passage. Bidini et sa femme viennent tout juste de quitter Hong Kong en train, en route vers Beijing:

 À peine à deux heures de la ville, tout l’éclat et le scintillement de Hong Kong a fait place à un paysage de pierre et de poussière et de lambeaux de vie, aussi abandonné que les débris d’une gomme à effacer qui aurait gommé des siècles de  progrès.

C’est quelque chose, cette image qui saisit la différence entre le dynamisme de Hong Kong et les échecs de la Chine communiste. Bidini sait aussi être très drôle, comme dans cette séquence, une description du talent particulier de Kareem, le premier joueur de hockey soudanais au monde, qui joue dans l’équipe Al Ain Falcons des Émirats arabes unis:

De tous les joueurs du Al Ain, Kareem était capable du lancer frappé le plus puissant, dû partiellement au fait qu’il initiait son geste derrière sa tête. Le seul problème du coup de Kareem est qu’il n’avait aucune idée où il aboutirait. Quand il se retrouvait dans la zone d’attaque, les Falcons se penchaient et se protégeaient, comme s’il faisait voler des assiettes dans leur direction. Bear [l'entraîneur] devait souvent lui rappeler: “Lance vers le gardien de but, Kareem, vers le gardien de but.”

Tropic of Hockey, c’est le témoignage de l’amour d’un homme pour un sport et sa quête de l’âme de ce sport. Cette quête le mène à des endroits où on ne s’attendrait pas à voir jouer du hockey sur glace. Et quelle que soit la diversité entre ces lieux, l’esprit du jeu, selon le jugement de Bidini, continue de brûler avec la même intensité que dans sa ligue récréative de Toronto. Il retrouve à Harbin, au nord de la Chine, à Dubai, à Miercurea Ciuc, en Transylvanie, la pureté rafraîchissante d’un jeu qui n’est pas un simple divertissement mais une manière d’entrer en contact et d’être, le hockey en tant que culture plutôt que business, “la spiritualité des sports, les sports en tant que vie”, comme il l’exprime à un certain moment. Bidini établit un contraste entre ce genre de hockey et le produit standardisé fourni par la LNH de nos jours.

Rien de ce qu’on aime ne peut être réduit à un simple divertissement, à un simple n’importe quoi. Alors pour la même raison qui m’amène à avoir une vue élevée de la littérature et à me hérisser quand on perçoit l’art comme un simple divertissement, et que je ne peux m’imaginer quelqu’un qui ait une vie épanouie et réfléchie qui n’inclue pas la lecture, ainsi Dave Bidini s’emballe-t-il et ne peut-il imaginer cela concernant le hockey. Chacun d’entre nous se préoccupe de ce qu’il ou elle aime, le défend et le justifie. Rassemblez toutes ces passions, et vous avez devant vous une société, une culture, une nation. Un dernier mot, donc, sur Tropic of hockey: c’est le livre le plus canadien que je vous aie fait parvenir.

Cordialement vôtre,

Yann Martel

P.J.: un livre cartonné dédicacé,

Réponse:

à venir…