Livre Numéro 52: Burning Ice: art et changements climatiques, collectif sous la direction de David Buckland et la Fondation Cape Farewell
Le 30 mars, 2009
Dédicace:
À Stephen Harper,
Premier ministre du Canada,
Un livre sur un sujet chaud
d’un écrivain canadien,
avec ses meilleurs vœux,
Yann Martel
Lettre:
Le Très honorable Stephen Harper
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa, ON K1A 0A2
Cher Monsieur Harper,
Je n’avais jamais entendu parler de Cape Farewell, une organisation non gouvernementale britannique, jusqu’à ce qu’un courriel de sa part surgisse dans ma boîte. On m’invitait, grâce à un financement de la Fondation canadienne Musagetes, à une expédition qu’on allait organiser au Pérou. Pour me faire connaître l’organisme et ses objectifs, on offrait de m’expédier un livre et un DVD. J’étais curieux d’en savoir plus et j’ai accepté. Je n’avais rien à perdre. Quelques jours plus tard, la publication et le DVD me sont parvenus par courrier. J’ai lu le livre, regardé le DVD, j’ai parcouru le site Internet de la Fondation (www.capefarewell.com) et je me suis hâté d’accepter l’invitation.
Bien des gens ont d’abord été renseignés sur les changements climatiques par l’intermédiaire d’Une vérité qui dérange, le documentaire basé sur les tournées d’Al Gore. La mission de Cape Farewell est d’aller au-delà de cette première prise de conscience et d’orchestrer une réponse de nature culturelle aux changements climatiques. À cette fin, la Fondation organise des périples jusqu’aux frontière des changements climatiques, les points chauds (au sens littéral du mot) où le bouleversement est le plus apparent. Chaque expédition compte également des scientifiques qui poursuivent leur recherche, et cela afin que les artistes puissent observer non seulement le théâtre des changements, mais aussi quelques-uns de ses acteurs. Puis on invite les artistes à réagir et à devenir eux-mêmes des intervenants. Le DVD Art from a Changing Arctic rend compte des trois premières expéditions de Cape Farewell à l’archipel Svalbard, tandis que Burning Ice reprend certaines réactions des artistes.
C’est, comme vous le verrez, un livre très varié. On y voit des oeuvres d’art plastique, autant photographiques et picturales que sculpturales; il y a des essais, soit scientifiques, rappelant à grands traits les changements climatiques, soit personnels, décrivant les réactions des individus à ces changements. Burning Ice a été publié en 2006 et son message est déjà dépassé. Dans un essai, un scientifique affirme qu’en 2050 il n’y aura plus de glace d’été dans l’Arctique. Or les scientifiques prédisent maintenant que c’en sera fait d’ici à 2013. En trois ans à peine les choses se sont déjà dégradées. On devient facilement pessimiste quand on observe les changements climatiques. “Face à une telle calamité globale, qu’est-ce que j’y peux, moi?” La grande qualité de Burning Ice, c’est que le livre montre ce qu’on peut faire: on peut réagir. Il est bien évident qu’une toile, une photographie ou un enchaînement de mots ne vont pas sauver la planète. Mais ce sont des choses qui peuvent en venir aux prises avec ce problème. Les changements climatiques sont en eux-mêmes une force impersonnelle, profondément désarmante. La création artistique inspirés par les changements climatiques engagent l’individu dans sa personne toute entière, conférant tant à l’artiste qu’au spectateur un pouvoir d’intervention.
En feuilletant Burning Ice, en regardant les illustrations, en lisant les essais, j’ai ressenti un étrange mélange d’émerveillement et de détresse. Ce qui est déjà un progrès par rapport à la simple détresse. Que l’art dont Cape Farewell stimule la création, qu’on le voie dans des livres ou dans des expositions, soit perçu comme une élégie, un adieu à notre planète, ou le commencement d’un réel retournement dans notre de façon de vivre, on ne le saura que dans les années à venir. Mais une chose est sûre: la réponse que nous donnons aux changements climatiques ne peut pas être simplement politique. Les politiciens se traînent les pieds—et vous parmi eux—à cause du pouvoir du complexe industriel des hydrocarbures. Ce sont les citoyens qui doivent bouger en premier et l’art est une manière idéale de les amener à le faire. L’art traite le sujet à un niveau où tout un chacun dans la rue, homme, femme, adolescent ou enfant, peut le faire sien et y réagir. Une fois que les citoyens se seront engagés dans le domaine vital des changements climatiques, les politiciens seront bien obligés de les suivre.
Pourquoi ne pas prendre un peu d’avance sur cette vague? J’espère que vous serez à la fois ému et alarmé par Burning Ice.
Cordialement vôtre,
Yann Martel
P.J.: un livre cartonné dédicacé et un DVD
Réponse:
Le 24 juin, 2009
Cher Monsieur Martel,
Au nom du Très Honorable Stephen Harper, je tiens à accuser réception de votre correspondance du 30 mars, par laquelle vous lui faisiez parvenir un exemplaire du livre Burning Ice: Art & Climate Change.
Je vous remercie d’offrir ce matériel au Premier ministre. Votre courtoisie en portant cette information à son attention est grandement appréciée.
Sincèrement vôtre
P. Monteith
Agent responsable de la correspondance.
