Livre Numéro 37: Une modeste proposition, de Jonathan Swift
Le 1 septembre, 2008
À Stephen Harper,
Premier ministre du Canada,
cette espèce de livre de cuisine,
d’un écrivain canadien,
avec ses meilleurs vœux,
Yann Martel
Lettre:
Le Très honorable Stephen Harper
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa, ON K1A 0A2
Cher Monsieur Harper,
Alors, davantage de réductions dans les appuis aux arts. Dans ma dernière lettre, je n’ai mentionné que le programme PromArt, n’étant pas encore au courant des autres coupures. Près de $45 millions en tout. Cela va se faire sentir lourdement, cela va faire mal, cela va tuer. Il y aura moins d’art, certes; mais il y aura plus de quoi, d’après vous? Qu’obtient-on pour $45 millions qui ait une plus grande valeur que l’expression culturelle d’un peuple, que la perception qu’a un peuple de lui-même?
Cette occasion impose un livre particulier. La manière que nous avons de nous administrer—les gens que nous élisons et les lois qu’ils promulguent—se reflète dans l’art. La politique, c’est aussi la culture. Une modeste proposition, de l’écrivain irlandais Jonathan Swift (1667-1745) est un bon exemple d’une réflexion artistique sur la politique. C’est un morceau de satire admirable par sa férocité humoristique et par sa brièveté. De tout juste huit pages, c’est l’oeuvre la plus courte que je vous aie jamais envoyée.
Le paragraphe clé, celui qui énonce la modeste proposition que Swift suggère comme solution à la pauvreté de l’Irlande, est le suivant:
Un Américain très avisé que je connais à Londres m’a assuré qu’un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l’âge d’un an un mets délicieux, nutritif et sain, qu’il soit apprêté en daube, rôti à la broche ou cuit au four ou au pot, et j’ai tout lieu de croire qu’il s’accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût.
La question est simple et pertinente, Monsieur Harper: préparez-vous un ragoût?
Cordialement vôtre,
Yann Martel
P.J.: un livre de poche dédicacé
Réponse:
à venir…
